LA FERME IMPOSSIBLE

 

ÉNNONCÉ DE POSITION
Nos positions vis-à-vis l'avenir de l'agriculture québécoise

   

( 25$ pour une copie du livre dédicacée et postée à une adresse québécoise )

« De la grande beauté de la petite échelle »
Plaidoyer de Dominic Lamontagne en faveur de la création
d'un statut d'artisan agricole au Québec.

Croquis de la ferme impossible
telle qu'imaginée par Dominic Lamontagne.
Image interactive.

 
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Couverture de la ferme impossible



photo: Magali Ouellet

DOMINIC LAMONTAGNE : En 1997, il fonde avec un ami l'entreprise Günt Multimédia qu'il quitte en 2003 pour créer avec sa compagne, Amélie Dion, une entreprise spécialisée dans les repas sous vide, Gastronomie Le Naked Lunch.

Peu après, le couple acquiert pignon sur rue en ouvrant un bistro rue Wellington à Montréal. Le Naked Lunch est reconnu pour son smoked meat de magret de canard et ses conserves haut de gamme faites maison.

L'aventure se termine en 2012, lorsque la famille délaisse la frénésie de la métropole pour s'installer à Sainte-Lucie-des-Laurentides, à la recherche d'un peu plus d'authenticité.

Elle lance alors EN PLEINE GUEULE, entreprise luciloise vouée à la promotion de l'autonomie alimentaire et de la gastronomie responsable. Dominic et Amélie désirent aujourd'hui redonner à tous la possibilité et le goût de pratiquer une agriculture locale à dimension humaine.

 

Joel Salatin
JOEL SALATIN : Élu par le TIME magazine comme l'un des plus grands agriculteurs innovateurs au monde, Joel Salatin est devenu une grande référence de l'agriculture de régénération. Fermier innovant et créatif, il a fait de la biomimicrie (imitation des procédés ou évènements naturels) un atout majeur.

Joel est une personne atypique et une force de la nature, un exemple d'un pionnier qui de presque rien a construit une belle entreprise profitable sans quelconque aide financière. Il défend avec ferveur le monde agricole et son importance en inspirant les jeunes agriculteurs à changer leur regard sur la fonction agraire.

«Nous devons arrêter cette mentalité incessante de victime où quelqu'un d'autre devra réparer ce qui a été détruit, ou quelqu'un d'autre doive me rendre heureux ou que je doive ma santé à quelqu'un d'autre. Tout ceci est de notre responsabilité, pas de celle du voisin ou du gouvernement, de l'église ou autre.»

Joel Salatin habite et travaille avec sa famille, dans la vallée de la Shenandoah au pied du massif des Appalaches, sur sa ferme de 200 hectares baptisée "Polyface Farm". Il est issue de la 3e génération d'agriculteurs à travailler cette terre. La ferme Polyface des Salatin, une ferme d'animaux nourris à l'herbe biologique, dessert plus de 4 000 familles, 10 points de vente et 50 restaurants grâce à la vente à la ferme et aux groupes d'achat initiés par la PolyFace.

Il est également l'auteur de neuf livres, y compris les bestseller Folks, this Aint Normal, You Can Farm et Salad Bar Beef. Joel écrit aussi abondamment dans des magazines comme Stockman Grass Farmer, Acres USA, et American Agriculture. ( sources: Agriculture de conservation et Mycélium

Il signe en 2015 la préface de «La ferme impossible», disponible dans sa version originale anglaise ci-dessous.

 

PRÉFACE ORIGINALE ANGLAISE DE JOEL SALATIN POUR LA FERME IMPOSSIBLE

3 mars 2015

FOREWORD FOR THE IMPOSSIBLE FARM

While Quebec's food system may be farther along the continuum toward tyranny than most in the
world, its horrors exist in more countries than not, mostly developed countries. As I travel the world
speaking to integrity food producers desperate to access their neighborhood customers, the stories
of government antagonism multiply each year.

What fascinating opposing trends: local food vs. food extortion. Both sides are growing. And is
extortion too hard a word? What else would you call it when a small land holder, a peasant in historical
terms, humbly seeks to sell some excess production to the cobbler or the hat-maker next door but is
summarily denied?

Such heavy-handed tyranny begs the question: by what authority should anyone be allowed to
deny a peasant the freedom to engage in voluntary commerce with a neighbor who desires his excess
production? That Quebec most egregiously and other countries less so interfere in such a communal
commerce, a voluntary democratic process, should make any freedom-loving person quake in his shoes.

If a gun-wielding agent of the government can come between something as basic to human interaction
as trading eggs or milk, other freedoms are surely in jeopardy. The freedom to practice personal religion,
or speech, or assembly certainly are as basic as the freedom to grow some chickens and sell their eggs.

Legalized extortion is no less wrong or intimidating. The marketing boards in Canada generally, and
Quebec's additional boards specifically, act as legalized thugs to protect the insiders from innovation.
Tragically, such a system enslaves the entire food system in an outdated, inefficient, nutrient-deficient
industrialized paradigm. Citizens in Quebec deserve a food emancipation proclamation to release the
latent entrepreneurial integrity food system in their communities. Doing so would not only be an economic
boon, it would offer higher quality food and far more of it at more affordable prices for Quebeckians.

The hardest part of arguing for food choice and food freedom is trying to paint a picture of what could
be. With supermarkets bulging and micro-wavable fare neatly plastic-wrapped in abundance, many
people don't believe that any food is being denied them. But it is, and in vast quantities. From raw milk
to home-made noodles and quiche, many industrial items on the supermarket shelf have an integrity
counterpart. One that builds soil, that respects animals, that contains only pronounceable ingredients.
Those foods exist, but they usually don't pass government/industrial sanction.

I don't know when I've seen a more articulate, clear presentation of the conundrum facing both
small farmers and conscientious consumers as Dominic lays out in this wonderful book. This is a call to
action; indeed a call to revolution. It is a call to participate in freedom. Liberty is not just something
relegated to academic focus groups and political posturing. Liberty is something you taste, see, smell,
and feel. And it must be acted on to be kept.

Anyone who cares about a thriving integrity food system in Quebec needs to read this book, digest
its profound data and ideas, and then act with purpose and conviction. Our grandchildren are depending
on us to do that, and we dare not let them down. Prepare to be radicalized.

Joel Salatin
Farmer, Author, Local Food Advocate
Co-owner of Polyface Farm, Swoope, Virginia



NOS POSITIONS VIS-À-VIS L'AVENIR DE L'AGRICULTURE ARTISANALE QUÉBÉCOISE

Moi et Amélie avons récemment participé à une rencontre visant à préciser nos positions par rapport à la production d'oeufs et de poulet "hors-quota", c'est-à-dire cette centaine de poules et poulets que tous les citoyens québécois ont le droit d'élever sans restrictions reliées aux plans conjoints établis par les fédérations de l'UPA. Nous en avons profité pour préciser notre position générale par rapport aux restrictions qui freinent l'essor d'une agriculture artisanale libre au Québec.

RÉFLEXIONS GÉNÉRALES

- Il faut pouvoir commencer petit et croître à son propre rythme. L’innovation survient lorsque le champs est libre. L’envie de s’associer à d’autres peut venir avec le temps, mais elle doit demeurer un choix personnel.

- Accepter de négocier avec un oppresseur revient à légitimer son caractère dominant. Militer pour l’augmentation du hors-quota implique qu’on accepte la validité du principe de contingentement développé par certaines Fédérations de l'UPA.

- Il est illégitime d’accorder aux membres d’une association privée quelle qu’elle soit le pouvoir de s’accaparer le droit de produire et de vendre certains aliments. Aussi, il est important de militer en faveur d’un accès libre, général et ouvert à l’agriculture par et pour TOUS les citoyens.

- Le seul interlocuteur valide est celui qui est choisi et maintenu au pouvoir démocratiquement par le peuple tout entier. Il s’agit du gouvernement fédéral, provincial et municipal.

- La seule contrainte valide en est une d’hygiène et de salubrité. Cette contrainte doit cependant s’appuyer sur des constats biologiques concrets et des analyses de risques justes. Le volume de production a un impact important sur les facteurs de risque associés à la majorité des manipulations alimentaires. Il faut le reconnaitre et en tenir compte au moment des inspections. Il faut aussi comparer des pommes avec des pommes: si par exemple une population X de pathogènes Y est considérée comme acceptable pour un produit de supermarché (i.e. que les citoyens ne courent pas de danger particulièrement important à consommer cet aliment), il doit en être tout autant pour un produit artisanal vendu à la ferme ou au marché public.

- La vente directe doit avoir un statut différent de la vente en gros.

ACTIONS QUE NOUS DÉSIRONS POSER

- La profitabilité de l’artisan réside dans la possibilité de transformer ses produits bruts à la ferme. La nature même de la production artisanale implique de petits volumes de transformation. Ainsi, il faut lui permettre d’établir ses infrastructures de transformations à un coût raisonnable étant donné son faible volume de production.

- Au niveau provincial, pour favoriser le développement d'une agriculture artisanale, il faut travailler avec le MAPAQ à assouplir la Loi sur les produits alimentaires, la Loi sur la mise en marché des produits agricoles et la Loi sur les producteurs agricoles. Il faut, entre autre, moduler le coût des permis en fonction du volume de production et rendre possible l’aménagement de petits postes d’abattage de volailles à la ferme (rappelons que le hors-quota ne permet l'élevage que de 100 poulets, il faut donc être conséquent lorsqu'on prévoit la construction d'un abattoir pour traiter un aussi petit nombre de poulets) et de micro-usines laitières pour la production de produits laitiers à la ferme (lorsqu'on élève des troupeaux d'à peine quelques chèvres et vaches par exemple).

- Au niveau municipal, il faut revoir les règlements de zonage et d’usage pour permettre l’émergence de la petite ferme artisanale écologique diversifiée ouverte au public (à l’opposé donc de la grosse ferme monocultrice fermée au public).

- Il faut organiser une visite de quelques fermes vermontoises avec des élus municipaux et des fonctionnaires/élus provinciaux et fédéraux pour les amener à constater d’eux-même la réalité de l’agriculture artisanale vermontoise: l’abattage et la vente permise à la ferme et dans les marchés publics pour le poulet, la vente permise à la ferme et dans les marchés publics de lait cru, la vente permise à la ferme, dans les marchés publics et dans les commerces pour les oeufs...

- La vente d'oeufs à la ferme, dans les marchés publics et à l'épicerie du coin est déjà permise. Il y a jurisprudence. Il faut diffuser cette information et enseigner la méthode à suivre. Par exemple: http://www.enpleinegueule.com/francais/miseenmarche.html

Amélie Dion et Dominic Lamontagne
Août 2016


 


DE LA GRANDE BEAUTÉ DE LA PETITE ÉCHELLE
Définir un statut d'artisan agricole au Québec

E. F. Schumacher nous le disait il y a déjà 40 ans dans Small is Beautiful : « Les gens ne peuvent être eux-mêmes qu'au sein de petits groupes, d'une taille convenable. »

Alors que nous sommes plus de sept milliards à nous partager la terre, la notion de « taille convenable » demande à être définie, en particulier lorsque vient le moment de choisir à qui nous voulons confier la tâche de nous nourrir.

La tentation peut être grande de croire qu'il faut s'en remettre à la production de masse pour espérer pouvoir nourrir tout le monde convenablement. En vérité, plus nous serons nombreux à produire de la nourriture, moins nous risquons d'en manquer. Encore faut-il permettre à grande échelle la production à petite échelle d'aliments sains, goûteux, récoltés, abattus et transformés à la ferme. Encore faut-il trouver des artisans qui savent toujours comment faire.

Le plus grand danger de l'industrialisation de l'agriculture est la perte de savoir-faire. Si l'éleveur de poulets ne sait plus comment les abattre, si le producteur laitier ne sait plus comment faire du beurre, et si les enfants ne savent plus d'où viennent les œufs, assurément, nous nous sommes égarés quelque part en chemin.

Au Québec, depuis une soixantaine d'années, la tendance a été de déshabiller la petite ferme vivrière pluriproductrice pour habiller la grande ferme spécialisée monoproductrice. Par conséquent, notre agriculture tend aujourd'hui à ne pas reconnaître le statut particulier de la petite ferme artisanale et de l'artisan agricole. La loi québécoise oblige tout entrepreneur agricole, peu importe sa taille, à se rallier à une vision industrielle et productiviste de l'agriculture, c'est-à-dire celle de l'UPA.

Comme l'a fait valoir Karl Popper à la même époque que Schumacher : Nous savons beaucoup de choses qui revêtent un intérêt pratique considérable, mais nous devons aussi reconnaître que notre ignorance est "dégrisante" (sobering) et sans bornes (boundless).

Pour ma part, je ne crois pas notre connaissance de la nature humaine suffisamment précise pour nous permettre de choisir, à leur place, ce que tous les Québécois devraient manger, et j'accepte ainsi bien mal toutes ces lois qui ne se contentent pas de régir l'aliment industriel, générique, offert à volonté au supermarché, mais qui régissent pareillement l'aliment issu de la petite agriculture artisanale.

Interdire à des êtres pensants le loisir de faire directement entre eux, à toute petite échelle, le commerce d'aliments qu'ils désirent produire ou manger m'apparaît être d'une violence inouïe.

Dans les petits pots les meilleurs onguents nous disait-on. Small is beautiful. Est-ce encore vrai? Est-ce encore seulement possible?

À la rescousse du savoir-faire de l'artisan et de l'appétit des Québécois pour des aliments authentiques, je propose qu'un statut d'artisan agricole soit défini, qu'un pacte social soit établi.

Ainsi, l'entrepreneur qui souhaiterait obtenir ce statut devrait respecter un seuil de production maximale et s'en tenir aux ventes directes aux consommateurs. En contrepartie, l'artisan regagnerait la liberté d'élever des animaux dont la production est pour le moment proscrite ou fortement contingentée, d'abattre lui-même son élevage à la ferme s'il le désire et de vendre ses produits à ceux qui en voudront bien.

Ce seuil de production à ne pas dépasser devrait correspondre à un certain pourcentage de la production industrielle moyenne.

La ferme industrielle québécoise moyenne produit 360 000 litres de lait, 875 000 douzaines d'œufs et 250 000 poulets par année. Si nous fixions le seuil d'une production artisanale à moins de 5 % de la production industrielle moyenne, l'artisan pourrait alors produire jusqu'à 18 000 litres de lait (5 vaches) et 43 750 douzaines d'œufs (1 750 poules) par année et élever jusqu'à 1 800 poulets à la fois.

La plupart des artisans choisiraient sans doute d'en produire beaucoup moins, surtout pour commencer, ce qui est mon cas puisque je commencerais mon propre élevage avec seulement 2 vaches, 200 poules et 500 poulets.

Si donc nous avions collectivement le droit de la faire cette agriculture artisanale, sans avoir à adhérer à quelque association et donc à quelque vision de l'agriculture que ce soit, le ferions-nous?
Partout où c'est possible, des gens le font.

Pas plus loin qu'au Vermont, on élève la volaille sans acheter de quotas et on l'abat à la ferme.

À mon humble avis, plus la distance est courte de la ferme à la table, moins les intermédiaires sont nombreux entre votre aliment et vous, et plus vous êtes en mesure de savoir ce que vous mangez exactement.

Aujourd'hui, c'est monnaie courante de s'en remettre à d'autres pour produire les aliments qui nous nourrissent. Mais pourquoi est-il si difficile d'admettre que nous puissions vouloir nous en remettre à des producteurs qui nous ressemblent? Et pourquoi est-il si difficile de devenir ces producteurs à qui des Québécois voudront s'en remettre?

Je ne réclame la tête de personne, je ne demande la place de personne, je veux simplement que ceux qui le désirent puissent participer et goûter à la grande beauté de l'agriculture pratiquée à toute petite échelle.

Small IS beautiful.

Dominic Lamontagne
9 novembre 2015


 

 



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